Les articles de ArtBorescence n°3 _ mars 1994


voir aussi ArtBo n° 6 " AUTOPSIE D' UNE TECHNIQUE "
La Dentelle mécanique  

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LA DENTELLE  -  HISTORIQUE

 

 

Brigitte BYHET  professeur d' Art appliqués au Lycée du Détroit    CALAIS
 

 

 

Murs troués de hautes fenêtres grillagées.  
Vacarme rythmé d'une mécanique où se disputent interminablement 
la force d'un GOLIATH et l'adresse d'un DAVID.

 

  • MAINS D' HOMMES, MAINS DE FEMMES

  • o        On fabrique la dentelle aujourd'hui.

  • o        Salons, caves, jardins, trottoirs, cou­vents, manufactures, ateliers

  •  

  • MAINS D' HOMMES, MAINS DE FEMMES

  • o        On fabriquait la dentelle autrefois.

 

 

 

     Définition:

 

 

o    Opposition de parties plus ou moins opaques: les mâts, le toilé, la fleur ou décor en général et de parties trans­parentes : le champ, le réseau, les brides, les modes.

o    Pour les élèves, la dentelle c’est synonyme de : Fantaisie, lingerie, machine, trou, mariée, voile, luxe, Calais, beauté, érotisme, séduction, sensation, suggestion, transparence, création...

 

 

 

     à l'origine

 

 

o    L'impulsion nous vient d' ORIENT au XVème siècle via l'ITALIE et les FLANDRES.

      Différentes
 techniques
sont utilisées.

      SUR UNE BASE DE TISSU:

o     le fil écarté

o     le fil tiré

o     le fil brodé

o     le point coupé

o    Ces décors, réalisés à l'aiguille, sont esclaves des fils de chaîne et de trame.

 

Le fil tiré

Le point coupé          

 

     Au XVIe siècle

 

 

o     La mode des points coupés est apportée en FRANCE par Catherine de MÉDICIS.  Les fraises en sont garnies à profusion, Henri III y exerce ses mains royales.

o     Les PASSEMENTS, réalisés aux fuseaux par les hommes en croisant et recroisant des fils d'or et d'argent ou de cuivre et faux argent pour les "clinquants" sont aussi très à la mode sous Henri III et Henri IV.

o    Ces techniques évoluent vers la dentelle véritable lorsqu'on se libère du bâti de la toile pour lancer "sur le doigt" des fils qui, remodelés par le jeu des points, forment une bordure dentelée.

o    On nomme POINT toute dentelle réalisée à l'aiguille. PASSEMENT celle réalisée aux fuseaux.

o    Pour limiter les risques de copie, chaque dentellière acquiert une spécialité.

 



L' Infante Isabelle 
Archiduchesse d' Autriche

Marie de Médicis  1595 


piquage



passementerie d'or et d' argent 
16e et 17e
 

     Le Point

 

 

o    MATÉRIEL: aiguilles très fines, fil.  

TECHNIQUE 

o    Le MODELÉ de la composition est tracé à l'encre sur un papier.

o    le PIQUAGE : on reporte sur un parchemin teinté en vert les contours du dessin.

o    Placé sur un morceau de toile double, le parchemin "piqué" subit l'opération de la TRACE qui permet de construire la charpente de l'ouvrage à l'aide de deux fils.

o    la dentellière confectionne le RÉSEAU

o    le REMPLI ou décor proprement dit - les MODES : ouvertures pratiquées dans les motifs qui ont la forme de rosaces couronnes...

o     la BRODE : feston qui renforce les motifs.

o     le LEVAGE : retirer la dentelle du    parchemin

o     le LUCHAGE :  lisser les bords

o    ASSEMBLER : les différentes parties de la composition. Les femmes  s’emparent du fuseau et substituent le lin aux fils métalliques.

           Réalisation du MAT.

 



Les femmes s'emparent 
des fuseaux
et substituent le lin 
aux fils métalliques

 

     La DENTELLE AUX FUSEAUX

 

    Lille 



TECHNIQUE :

On reporte par PIQUAGE, le DESSIN sur un carton ou un parchemin (brun ou bleu) en complétant ce réseau de trous par des traits dont la forme et la couleur suivent un code interprété par l'ouvrière.


MATÉRIEL :

Carreau, Épingles, Fuseaux, fil.

L'ouvrière va croiser et tourner les deux parties de fuseaux par répétition, elle obtient le RÉSEAU.

Simultanément, elle réalise le DES-SIN, en entrelaçant aux fils du réseau, un fil beaucoup plus gros qui suit les CONTOURS du dessin.

Le motif est en MAT : 
réseau très serré comme une toile.

Le motif est en GRILLE : 
réseau moins serré : le point de TULLE.

Certaines dentelles au réseau très serré (Valenciennes, Malines) nécessitent l'emploi de 800 à 15OO fuseaux. Le temps de réalisation dépend des variétés : dans un même temps, une dentellière de Valenciennes confectionne 35 à 40 mm de dentelle alors qu'une dentellière de Lille en confectionnera 3 m à 3 m 50.

Une dentelle très légère nécessite un fil extrêmement fin. Pour le mettre en oeuvre, les dentellières travaillaient dans des caves humides, à la lueur d'une bougie placée derrière un globe rempli d'eau. Apprenties dès leur plus jeune âge, tuberculose et cécité les menaçaient rapidement.

Les dentelles TORCHON, réalisées avec un fil plus épais nécessitaient moins de précautions ex : la dentelle du Puy.



Carreau - fuseau  : Dentelle du Puy

 

     Au XVIIe siècle

 

      

rabat et rebras de dentelle

 


Avant 172O, la guipure (réalisée à l'aiguille ou aux fuseaux, composée de petites lanières de mince parchemin recouvertes de fil de soie, d'or ou d'argent) est beaucoup portée en France, les plus belles viennent de Flandres et d'Italie.

Le point de Venise plaît tant à Louis XIV qu'il le fait apprendre aux dentellières françaises.

Colbert fonde les manufactures d'Alençon, Argentan et Sedan qui produisent le "Point de France" avec beaucoup de succès.

Passements et Points s'exhibent en cols rabattus, jarretières, gants, bouffettes, manchettes, coiffures (coiffe à la Fontanges), tabliers et garnitures de bottes.

 

Alençon 
le point  de France

 

 

     Au XVIIIe siècle

 

De grandes poupées : la grande Pandorre (pour chaque invention nouvelle), la petite Pandorre (pour les déshabillés) sont envoyées à Vienne, en Italie, en Angleterre, couvertes des plus belles dentelles de France.

A la cour, les dentelles ne sont pas permises en période de deuil. Les points de France ont pour concurrents : le Point d'Angleterre ou Point de Bruxelles, la Valenciennes et la Malines (dentelles d'été). Les points d'Alençon et Argentan sont des dentelles d'hiver.

Après la rigueur de l'étiquette sous Louis XIV, le luxe s'accroît sous la Régence et sous Louis XV 

- les manchettes (les pleureuses) sont démesurément grandes 
- jabots 
- loups de fine dentelle noire.

- RUBANS 
- MIROIR 
- DENTELLES 
sont les trois choses sans lesquelles les Français ne peuvent vivre.

Les domestiques ont sur leur livrée de gala des dentelles aussi riches que celles de leur maître.

Sous Louis XVI, la dentelle se simplifie et doit être légère. On préfère la BLONDE semée de pois et de mouches.


L'église, elle, reste fidèle aux beaux Points. 


LA RÉVOLUTION 
EST FATALE 
AU COMMERCE 
DES DENTELLES.
 

le point d ' Angleterre 
ou point de Bruxelles



Valenciennes -  Alençon - Malines

 

     Au XIXe siècle

 


En 1801, les belles dentelles réapparaissent, on transmet la dentelle en héritage. 

On adopte un style plus léger 
(en 1 mois, il est  produit ce qui nécessitait autrefois 1 an). 
Grâce au perfectionnement du point de raccroc, on réunit les morceaux de dentelle pour obtenir de grandes surfaces pour robes et voiles.

Napoléon 1er protège les fabriques d'Alençon, de Bruxelles et de Chantilly 
mais ne peut faire revivre Valenciennes. 

Comme sous Louis XIV, les dentelles de Point sont obligatoires dans le costume de la cour.

En 1818, la mode adopte le TULLE MÉCANIQUE. 

Le clivage se fait vers 1830, 
le tulle mécanique, moins cher, aborde les classes moyennes alors que les dentelles à la main sont réservées à l'Aristocratie. Voiles, voilettes, coiffes, berthes (volants de moins de 15 cm), cols variés, mantilles parent les dames de l'époque.

Toutes les fabriques de dentelles à la main (sauf Alençon) sont en effervescence pendant la deuxième moitié du XIXème siècle.

Les progrès techniques permettent de plus en plus la fabrication de la dentelle en LAIZE pour les robes mais aussi des volants de toutes hauteurs et entre-deux pour les incrustations.



Fuseaux _ Col formant cravate 
1660   Bayeux




Dentelle Chantilly mécanique 
( L. Bomy 1885 ) 

 

     Au XXe siècle

 


La dentelle aux fuseaux subsiste de façon traditionnelle mais la mode, l'économie, l'industrie s'emparent de la dentelle mécanique qui démocratise enfin ce produit.


Le motif s'est, de tous temps, plié à celui des Arts décoratifs de chaque époque. Aussi, au XXème siècle, trouve-t-on des dentelles Modern' style et Art Nouveau ainsi que des créations très fantaisistes.


Aujourd'hui, si quelques fabricants jouent l'originalité, le goût de la clientèle reste le seul maître. Priorité est donnée aux fleurs qui "tournent".


Dentelle Mécanique




 



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