Les articles de ArtBorescence n°6 _ septembre - octobre 1997

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AUTOPSIE

D' UNE TECHNIQUE

 

LA DENTELLE MÉCANIQUE


Il s'agit de :

- faire intervenir la machine dans le tissage le plus fin et le plus ténu qui existe,

- faire reproduire la délicatesse et la dextérité des mains,

- imiter toutes les formes et tous les genres de dentelles.

 

LA FABRICATION

Environ 90 intervenants sont nécessaires entre le fil, la dentelle et le consommateur. A CALAIS, la plupart des termes utilisés dans la fabrication sont d'origine anglaise alors qu'ils sont français à CAUDRY.

 

D'abord l'ESQUISSEUR crée le motif de la dentelle en tenant compte de la mode mais aussi des exigences de la machine (un fil ne peut retourner en arrière).

     


Le DESSINATEUR exécute la mise en carte : c'est un dessin agrandi de l'esquisse qui, à l'aide de codes et de barèmes indique le passage des fils. Chaque fil est noté d'une couleur différente. On utilise souvent l'ordinateur pour cette étape.

      


Le PERCEUR DE CARTONS, à partir du dessin les cartons du mécanisme Jacquard sont perforés, assemblés et placés sur des cylindres. L' ordinateur contribue aussi beaucoup à cette opération.

           

HISTORIQUE

Il faut remonter en 1586, à NOTTINGHAM, où le pasteur William LEE invente le métier à bas, puis...


- 1656 : LEE (fils) et HINDRES montent en FRANCE un métier plus perfectionné auquel ils appliquent un système correspondant à celui de la navette.

- 1758 : STRUTT produit sur le métier à bas une espèce de point de tulle.

- 1780
: Robert FROST fabrique un toilé léger qui est ensuite complété par des broderies à la main.

- 1799 : LINDLEY, qui a l'idée d'employer comme navette une bobine obtient la maille de la vraie dentelle : HAETHCOAT l'applique à une mécanique adaptée et réalise une maille hexagonale, claire, unie, régulière : c'est le métier BOBIN.

- 1802 : on compte à LYON et à NIMES plus de 2 000 métiers à tulle alors qu'il y en a 1 200 en ANGLETERRE.

- 1808 : la fabrication du tulle prend un essor important à NOTTINGHAM.

- 1814 : le système LEAVERS ( père, fils et neveu ) reproduit le mouvement des fuseaux.

- 1815 : en raison de la proximité des blanchisseries, CUTTS, YOUNG et BLACK installent à VALENCIENNES puis à DOUAI le premier métier BOBIN.

- 1816 : pour fuir une concurrence trop nombreuse et de sévères réglementations douanières,  pour masquer la contrebande des tulles amenés en FRANCE - quelques sujets anglais, au risque de leur vie, introduisent à CALAIS, pièce par pièce, des métiers LEAVERS, apportant ainsi à cette ville les fondations d'une industrie encore très active aujourd'hui.

- 1824 : 1er métier BOBIN à CALAIS.

- 1825 : 1er métier à tulle à CAUDRY.

- 1841 : adaptation du système Jacquard au métier LEAVERS, il permettra la réalisation de toutes sortes de dessins.

- en 1856, on compte :
7 452 métiers en EUROPE,
5 658 métiers en ANGLETERRE,
1 400 métiers en FRANCE ( CALAIS, CAUDRY, LYON, AMIENS, DOUAI,
LILLE, SAINT-QUENTIN)
34 métiers en BELGIQUE
80 métiers en SUISSE
70 métiers en ALLEMAGNE
100 métiers en AUTRICHE
30 métiers en PRUSSE et en RUSSIE
80 métiers en ESPAGNE.

A partir de 1841, la dentelle mécanique ne cessa de se développer, de se perfectionner, imitant tous les genres, tous les dessins d'autrefois mais collant aussi de très près à l'actualité.

Le dix-neuvième siècle y ajouta sa réserve de transformations sociales, ses lois sur la durée du travail, sur le travail de nuit, le travail des enfants et leur formation professionnelle, sur la législation des accidents du travail et les formations de syndicats ouvriers.

Création de la Chambre Syndicale des fabricants de dentelle et son rôle de médiateur, mais aussi, son lot de contrefaçons, de concurrence déloyale, de copies, de grèves et représailles patronales...

Le WAPPEUR ou OURDISSEUR



     

Le  WAPPEUR ou OURDISSEUR

dispose sur le métier les fils de chaîne d'épaisseurs et de matières différentes contribuant à la variété de textures du dessin.



Le TULLISTE  

      

Le TULLISTE
surveille les fils qui cassent, c'est une des difficultés de son métier que de repérer puis renouer ces fils peu accessibles peut actionner sa machine qui pèse 12 à 15 tonnes et fabrique des pièces de dentelle allant de 11 à 22 m sur une largeur moyenne de 5 m.

Les chariots avancent et reculent pendant que les fils de chaîne se déplacent de gauche à droite et de droite à gauche effectuant alors les torsions qui reproduisent celles des fuseaux.

Les mouvements des fils de chaîne sont commandés par le "Jacquard".

La lubrification des chariots se fait à CALAIS surtout par le graphite (ou mine de plomb) et à CAUDRY, surtout par une poudre blanche : l'opalon ( mais celui-ci provoquerait une usure plus rapide des chariots ! ).



Le WHEELEUR et BOBINEUR

           


Le  WHEELAGE ou BOBINEUR
charge  les fils de trame dans les bobines.
cette tâche est plus spécifiquement réservée aux filles. 

LE REMONTEUR

 

      

Le REMONTEUR installe les bobines dans les chariots.


       

Le CHARIOT et sa bobine
 
 

 

            


Le CHARIOT et sa bobine
qui contient de 80 à 100 m de fil. Sur un métier, plusieurs milliers de chariots vont avancer et reculer d'un même mouvement pour former la trame de la dentelle.

 

 



LE CONTRÔLE
  La dentelle est :




- visitée et raccommodée à l'écru : sortie de la machine, la dentelle est transmise à la raccommodeuse qui répare à l'aiguille accrocs et défauts. La pièce est ensuite traitée chez un teinturier-apprêteur,


              

 

 


- dégraphitée, lavée, blanchie,


 


- préformée sur une rame qui stabilisera les dimensions du dessin en faisant passer la dentelle dans un four variant entre 190 et 210 ° puis en la refroidissant immédiatement après,

 



- teinte en blanc ou une infinité de couleurs par différents bains ou par impression.
On obtient diverses nuances sur une même coupe, dans un même bain, par le jeu des matières employées qui réagiront différemment à la teinture.




- séchée.



- cadrée.




- recontrôlée.




Il existe deux qualités de dentelle mécanique :

- la dentelle LEAVERS


- la dentelle RACHEL

 

Si le métier LEAVERS reproduit la torsion des fuseaux et donne ainsi une grande variété de fonds ainsi qu'un haut coefficient de solidité, le métier RACHEL, quant à lui , procède plutôt de la machine à tricoter ( lors-qu'une maille lâche, le trou s'agrandit ). Ce métier a été introduit en FRANCE, à CALAIS en 1958.

Les métiers LEAVERS évoluent peu, par contre le métier RACHEL ne cesse de se perfectionner par l'introduction de l'électronique. Il permet les mêmes fantaisies à peu près que le métier LEAVERS mais le prix de revient d'une dentelle RACHEL est beaucoup plus bas. Pour un métier LEAVERS qui produira 2 à 3 m de dentelle, un ouvrier s'occupera de quatre métiers RACHEL produisant 12 m/h. On rencontre également un troisième genre de dentelle qui est le RACHELTRONIC. Il s'agit d'une dentelle de type RACHEL qui imite les dessins du LEAVERS tout en restant moins chère. La concurrence est redoutable mais le label de qualité "dentelle de CALAIS" est attribué à la seule dentelle LEAVERS qu'elle soit fabriquée à CALAIS ou à CAUDRY.

1100 métiers LEAVERS existent aujourd'hui dans le monde, dont près de 850 à CALAIS pour 25 fabriques. Certaines sont spécialisées dans la "bande" pour lingerie, d'autres dans la "laize" pour robes et rideaux.

70 % de la fabrication est destinée à l'exportation : ITALIE - JAPON - ETATS-UNIS - VENEZUELA - ALLEMAGNE. Les pays du MAGREB ayant diminué leurs achats depuis la guerre du Golf.



LA FINITION

Les mêmes bandes répétées sur toute la largeur du métier sont séparées par :



ÉCAILLAGE
: on découpe la zone de tulle intermédiaire au couteau circulaire.

 



EFFILAGE
: les fils de jonction sont tirés pour ne laisser que la dentelle. Cette opération est souvent réalisée par des ouvrières à domicile. Selon la demande, la dentelle peut être rebrodée avec des fils plus ou moins précieux : rubans, fils d'or ou d'argent, lurex, perles...

 

      

 





Enfin le produit est plié puis expédié au client muni de son "certificat de naissance"

Brigitte BYHET
professeur d'Arts Appliqués
L.P. "Détroit" CALAIS

 

 

 

 



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