Il s'agit de :
- faire intervenir la machine dans le tissage le
plus fin et le plus ténu qui existe,
- faire reproduire la délicatesse et la dextérité
des mains,
- imiter toutes les formes et tous les genres de
dentelles.
LA FABRICATION
Environ 90 intervenants sont nécessaires entre le fil, la dentelle et le consommateur. A
CALAIS, la plupart des termes utilisés dans la fabrication sont d'origine anglaise alors
qu'ils sont français à CAUDRY.
D'abord l'ESQUISSEUR crée le motif de la
dentelle en tenant compte de la mode mais aussi des exigences de la machine (un fil ne
peut retourner en arrière).

Le DESSINATEUR exécute la mise en carte : c'est un dessin agrandi de l'esquisse
qui, à l'aide de codes et de barèmes indique le passage des fils. Chaque fil est noté
d'une couleur différente. On utilise souvent l'ordinateur pour cette étape.

Le PERCEUR DE CARTONS, à partir du dessin les cartons du mécanisme Jacquard sont
perforés, assemblés et placés sur des cylindres. L' ordinateur contribue aussi beaucoup
à cette opération.

HISTORIQUE
Il faut remonter en 1586, à NOTTINGHAM, où le pasteur William LEE invente le
métier à bas, puis...
- 1656 : LEE (fils) et HINDRES montent en FRANCE un métier plus perfectionné
auquel ils appliquent un système correspondant à celui de la navette.
- 1758 : STRUTT produit sur le métier à bas une espèce de point de tulle.
- 1780 : Robert FROST fabrique un toilé léger qui est ensuite complété par des
broderies à la main.
- 1799 : LINDLEY, qui a l'idée d'employer comme navette une bobine obtient la
maille de la vraie dentelle : HAETHCOAT l'applique à une mécanique adaptée et réalise
une maille hexagonale, claire, unie, régulière : c'est le métier BOBIN.
- 1802 : on compte à LYON et à NIMES plus de 2 000 métiers à tulle alors qu'il
y en a 1 200 en ANGLETERRE.
- 1808 : la fabrication du tulle prend un essor important à NOTTINGHAM.
- 1814 : le système LEAVERS ( père, fils et neveu ) reproduit le mouvement des
fuseaux.
- 1815 : en raison de la proximité des blanchisseries, CUTTS, YOUNG et BLACK
installent à VALENCIENNES puis à DOUAI le premier métier BOBIN.
- 1816 : pour fuir une concurrence trop nombreuse et de sévères réglementations
douanières, pour masquer la contrebande des tulles amenés en FRANCE - quelques
sujets anglais, au risque de leur vie, introduisent à CALAIS, pièce par pièce, des
métiers LEAVERS, apportant ainsi à cette ville les fondations d'une industrie encore
très active aujourd'hui.
- 1824 : 1er métier BOBIN à CALAIS.
- 1825 : 1er métier à tulle à CAUDRY.
- 1841 : adaptation du système Jacquard au métier LEAVERS, il permettra la
réalisation de toutes sortes de dessins.
- en 1856, on compte :
7 452 métiers en EUROPE,
5 658 métiers en ANGLETERRE,
1 400 métiers en FRANCE ( CALAIS, CAUDRY, LYON, AMIENS, DOUAI,
LILLE, SAINT-QUENTIN)
34 métiers en BELGIQUE
80 métiers en SUISSE
70 métiers en ALLEMAGNE
100 métiers en AUTRICHE
30 métiers en PRUSSE et en RUSSIE
80 métiers en ESPAGNE.
A partir de 1841, la dentelle mécanique ne cessa de se développer, de se
perfectionner, imitant tous les genres, tous les dessins d'autrefois mais collant aussi de
très près à l'actualité.
Le dix-neuvième siècle y ajouta sa réserve de transformations sociales, ses lois
sur la durée du travail, sur le travail de nuit, le travail des enfants et leur formation
professionnelle, sur la législation des accidents du travail et les formations de
syndicats ouvriers.
Création de la Chambre Syndicale des fabricants de dentelle et son rôle de médiateur,
mais aussi, son lot de contrefaçons, de concurrence déloyale, de copies, de grèves et
représailles patronales...
Le WAPPEUR ou OURDISSEUR
dispose sur le métier les fils de chaîne d'épaisseurs et de matières
différentes contribuant à la variété de textures du dessin.

Le TULLISTE
surveille les fils qui cassent, c'est une des difficultés de son métier
que de repérer puis renouer ces fils peu accessibles peut actionner sa machine qui pèse
12 à 15 tonnes et fabrique des pièces de dentelle allant de 11 à 22 m sur une largeur
moyenne de 5 m.
Les chariots avancent et reculent pendant que les fils de chaîne se déplacent de gauche
à droite et de droite à gauche effectuant alors les torsions qui reproduisent celles des
fuseaux.
Les mouvements des fils de chaîne sont commandés par le "Jacquard".
La lubrification des chariots se fait à CALAIS surtout par le graphite (ou mine de plomb)
et à CAUDRY, surtout par une poudre blanche : l'opalon ( mais celui-ci provoquerait une
usure plus rapide des chariots ! ).
Le WHEELAGE ou BOBINEUR charge
les fils de trame dans les bobines.
cette tâche est plus spécifiquement réservée aux filles.

Le REMONTEUR installe les bobines dans les chariots.

Le CHARIOT et sa bobine
qui contient de 80 à 100 m de fil. Sur un métier, plusieurs milliers de chariots vont
avancer et reculer d'un même mouvement pour former la trame de la dentelle.
LE
CONTRÔLE La dentelle est :
- visitée et raccommodée à l'écru : sortie de la machine, la dentelle
est transmise à la raccommodeuse qui répare à l'aiguille accrocs et défauts. La pièce
est ensuite traitée chez un teinturier-apprêteur,
- dégraphitée, lavée, blanchie,

- préformée sur une rame qui stabilisera les dimensions du dessin en faisant
passer la dentelle dans un four variant entre 190 et 210 ° puis en la refroidissant
immédiatement après,
- teinte en blanc ou une infinité de couleurs par différents bains ou par
impression.
On obtient diverses nuances sur une même coupe, dans un même bain, par le jeu des
matières employées qui réagiront différemment à la teinture.
- séchée.
- cadrée.
- recontrôlée.
Il existe deux qualités de dentelle mécanique :
- la dentelle LEAVERS
- la dentelle RACHEL
Si le métier LEAVERS reproduit la torsion des
fuseaux et donne ainsi une grande variété de fonds ainsi qu'un haut coefficient de
solidité, le métier RACHEL, quant à lui , procède plutôt de la machine à tricoter (
lors-qu'une maille lâche, le trou s'agrandit ). Ce métier a été introduit en FRANCE,
à CALAIS en 1958.
Les métiers LEAVERS évoluent peu, par contre le métier RACHEL ne cesse de se
perfectionner par l'introduction de l'électronique. Il permet les mêmes fantaisies à
peu près que le métier LEAVERS mais le prix de revient d'une dentelle RACHEL est
beaucoup plus bas. Pour un métier LEAVERS qui produira 2 à 3 m de dentelle, un ouvrier
s'occupera de quatre métiers RACHEL produisant 12 m/h. On rencontre également un
troisième genre de dentelle qui est le RACHELTRONIC. Il s'agit d'une dentelle de type
RACHEL qui imite les dessins du LEAVERS tout en restant moins chère. La concurrence est
redoutable mais le label de qualité "dentelle de CALAIS" est attribué à la
seule dentelle LEAVERS qu'elle soit fabriquée à CALAIS ou à CAUDRY.
1100 métiers LEAVERS existent aujourd'hui dans le monde, dont près de 850 à CALAIS pour
25 fabriques. Certaines sont spécialisées dans la "bande" pour lingerie,
d'autres dans la "laize" pour robes et rideaux.
70 % de la fabrication est destinée à l'exportation : ITALIE - JAPON - ETATS-UNIS -
VENEZUELA - ALLEMAGNE. Les pays du MAGREB ayant diminué leurs achats depuis la guerre du
Golf.
LA FINITION
Les mêmes bandes répétées sur toute la largeur du métier sont séparées par :
ÉCAILLAGE : on découpe la zone de tulle intermédiaire au couteau circulaire.
EFFILAGE : les fils de jonction sont tirés pour ne laisser que la dentelle.
Cette opération est souvent réalisée par des ouvrières à domicile. Selon la demande,
la dentelle peut être rebrodée avec des fils plus ou moins précieux : rubans, fils d'or
ou d'argent, lurex, perles...

Enfin le produit est plié puis expédié au client muni de son
"certificat de naissance"
Brigitte BYHET
professeur d'Arts Appliqués
L.P. "Détroit" CALAIS
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