« Tenir
une anguille par la queue n'est pas toujours aisé ! »
« Alors,
Christian, tu as enfin reçu les rouleaux de tissu bleu ciel de chez Practis ?
- Non, toujours pas... Madame Bareby va être furax ! C'est
mon job qui va y passer... »
Christian est l'assistant de
madame Bareby, qui dirige la maison Diar depuis quatre mois. Madame Bareby est
ordonnée et très stricte, un vrai glaçon, comme dirait la presse ! Cette femme
n’aime rien, à part son entreprise. Dans le bureau, ils l’appellent tous la sangsue
car elle pompe l’énergie et le goût de travailler de toutes ses équipes.
« Je vais devoir me débrouiller : ici, tout se sait très vite ! s'exclama l’assistant. »
Le jeune homme se sentait oppressé : l'avenir de la maison
Diar reposait entièrement sur ses épaules. Il alla chercher un café au distributeur
mais la machine ne fonctionnait pas, comme d'habitude. Il se tourna vers la fenêtre
du hall et essaya de l'ouvrir pour prendre l’air. Elle était bloquée. Christian
fut pris de panique : il rougit, se mit à suer. Il parlait seul dans son bureau.
Il donna plusieurs coups de téléphone, sans réponse, et décida de renvoyer sa
commande à une nouvelle entreprise en espérant recevoir le colis sans trop de
retard. Christian eut l’idée d’appeler la société pour se renseigner sur la livraison,
mais aucune réponse : le téléphone semblait en panne. Il alla parler au Tyran.
Il y avait d’après lui beaucoup d'événements étranges.
« Euh…Madame,
nous avons de légers problèmes … La machine qui ne donne pas de café, les fenêtres
qui ne s'ouvrent pas, le téléphone qui ne fonctionne toujours pas, et les rouleaux
qui n'arrivent pas !
Il n’eut même pas le temps de finir
que sa patronne leva les bras au ciel :
« Quoi ? Tu n’as
toujours pas reçu ces rouleaux ! J'en ai marre ! Va t’occuper de tes livraisons
au lieu de te plaindre de petits détails inutiles ! »
Elle
était rouge de colère. L’assistant ne savait plus quoi faire, quand l’abominable
femme l’appela de nouveau. Assise à son bureau, elle pianotait nerveusement sur
la table. Il y avait plusieurs gobelets de café écrasés.
« Bon,
est-ce que l’affaire avance ? J’aimerais finir avant la fin de la semaine et on
est déjà jeudi ! hurla-t-elle.»
Tout d’un coup, il se sentit
soulevé du sol, comme si quelque chose l’attirait vers le centre de la terre.
Quelques secondes après, il sut que l’immeuble Diar – cet immeuble où il travaillait
depuis des années et où des liens avaient été créés entre eux - était en train
de s'ébranler en emportant tout sur son passage comme un tremblement de terre.On
entendait des bruits bizarres dehors, des voix immenses qui faisaient peur. Il
essaya d’ouvrir les fenêtres, les portes, en vain. Madame Bareby paraissait détendue,
pas du tout terrifiée par ce qui se passait. Elle lui dit : « Vous avez reçu les
rouleaux de tissu ? ». Ne sachant pas quoi dire, il resta muet. « Ce silence veut
dire que vous n’avez rien reçu !! Mais relevez-vous ! Dépêchez-vous de trouver
une solution sinon vous prendrez la porte ! »
Madame Bareby
lui jeta un regard noir comme si elle voulait le tuer. Il se reprit :
-
Bien, je ferai de mon mieux ! »
Le courageux employé retourna
dans son bureau. Là, il poussa un cri de terreur. Une gigantesque main potelée
entra, venue de nulle part, et déposa les rouleaux de tissu bleu ciel signé Practis
sur son bureau.
« Non, c’en est trop, je travaille tellement
que j’en perds la tête...
- Qu’est ce qui se passe ? demanda
une styliste qui entra dans le bureau, affolée.
- Euh … rien !
Ne vous en faites pas, je suis juste un peu surmené.
- Ah,
bon ! Je vois que les tissus sont arrivés !
- … Oui ! répondit-il.
- Vous semblez perturbé ! Ce ne serait pas à cause de l’arrivée
des tissus ?
- Eh bien…, dit –il, hésitant.
-
Ne vous en faites pas, c’est tout à fait normal, moi aussi au début ça m’a laissée
sans voix. Le principal, c’est qu’ils soient là ! »
On appela
alors l’équipe de couturiers : le défilé approchait. Enfin! La confection des
vêtements pouvait commencer. Christian donna les rouleaux à la styliste, qui se
mit au travail. Lorsqu’il franchit la porte de son bureau, il s’arrêta net : des
voix venaient de l’extérieur.
* * *
« Combien
de fois vais-je devoir te le rappeler ? Il faut que tu démontes cette maison de
poupées. Je sais que ça te fait de la peine, mais tu n'as plus 6 ans !
-
Je vais le faire... Mais s'il te plaît, je peux garder Barbie ? C'est LA poupée
la plus belle et la plus gentille de toutes !! S’il te plaît, maman !
-
Va pour la poupée, mais rien d'autre !
- ...Promis, maman. »
« Tenir
une anguille par la queue n'est pas toujours aisé ! » est pris dans le sens où
l'on croit maîtriser une situation, alors que des éléments nous échappent. Notre
maîtrise repose alors sur une illusion ou sur de l'ignorance.
Avec cette nouvelle,
les élèves espèrent suprendre le lecteur et même, peut-être, le faire réflechir
sur la notion de liberté.