Le rôle du metteur en scène.

mise_en_scene.jpg (12979 octets)

 

Jean Racine, Phèdre (1677)

Jean-Louis Barrault, Mise en scène pour "Phèdre" (1946)

Phèdre, Oenone, Panope a

a. Aucun temps. Voici déja que Panope est là, à la fois essoufflée et terrifiée. Comment est-elle entrée ? C'est à peine si on l'a remarquée. (Par le chemin de l'Evasion, 1er plan droite.) Trois pas rapides, elle était là, ramenant la réalité.
Panope est une fille jeune, forte, sympathique et sensible, surtout très sensible. On la sent très dévouée. Elle prend à son compte tous les malheurs de ceux qu'elle aime. Elle vit intensément ce qu'elle dit et ce qu'elle fait. C'est un tempérament généreux. Elle est délicate à "distribuer". C'est elle qui reste le seul être vivant à la fin de la tragédie. Son rôle est important. C'est le " pendant " homothétique d'Oenone ; sa "correspondance" favorable. C'est Oenone sans la mission funeste que celle-ci doit remplir.
Dès son entrée, Phèdre se ferme et se raidit. Oenone a un rapide réflexe du cou dans sa direction. Elle annonce la mort de Thésée avec un coeur sincèrement déchiré et une fébrilité touchante.

Panope

Je voudrais vous cacher une triste nouvelle,
Madameb ; mais il faut que je vous la révèlec.
La mort vous a ravi votre invincible épouxd ;
Et ce malheur n'est plus ignoré que de vouse.

b. Elle respire.

c. Elle respire.

d. C'est l'alexandrin le plus largement dit de la réplique.

e. Pendant ce vers, Oenone se précipite vers Panope et, rapide, questionne.

Oenone

Panope, que dis-tu ?

 

Panopef

                                       Que la Reine abusée1,
En vain demande au ciel le retour de Thésée ;
Et que par des vaisseaux arrivés dans le port
Hippolyte, son fils, vient d'apprendre sa mort.

f. Aucune perte de mouvernent. L'action avance à grands pas. Et tandis qu'elle avance à grands pas, Phèdre, au contraire, au ralenti se soulève depuis la fin du vers 320 [ligne 4 de l'extrait] et n'est debout que pour dire: Ciel! (comme par réflexe, sans intention. A ce moment, chez Phèdre : contraction brusque du jarret, c'est tout).

Phèdre

Ciel !

 

Panopeg

Pour le choix d'un maître Athènes se partage.
Au Prince votre fils l'un donne son suffrage,
Madame ; et de l'Etat l'autre oubliant les lois,
Au fils de l'étrangère ose donner sa voixh.
On dit même qu'au trône une brigue insolente
Veut placer Aricie et le sang de Pallante.
J'ai cru de ce péril vous devoir avertir.
Déjà même Hippolyte est tout prêt à partir ;
Et l'on craint, s'il paraît dans ce nouvel orage,
Qu'il n'entraîne après lui tout un peuple volage.

g. La différence qu'il y a entre cette réplique et les deux précédentes, c'est que celle-ci constitue une période, alors que les deux précédentes étaient des répliques d'action. Celle-ci donne l'impression physique de la perturbation qu'une telle nouvelle a jetée dans la ville. Déjà les intrigues apparaissent. Panope peut donc, avant de commencer cette période, se permettre un léger temps.

h. Phèdre n'écoute même pas. Oenone, qui réagit plus vite que Phèdre, observe celle-ci. Elle a déjà son idée, si bien que la pauvre Panope parle légèrement dans le vide ; aussi au vers 334, ma foi ! elle s'arrête.

Oenone

iPanope, c'est assezj. La Reine qui t'entend,
Ne négligera point cet avis importantk.

i. Temps énorme, pendant lequel Phèdre, sous les yeux de ses deux servantes, se rassied au ralenti, raide comme un mannequin. Eviter la secousse fnale pour "jouer" la faiblesse. Le geste de s'asseoir ne doit avoir aucun angle.

j. Demi-temps. Sans quitter Phèdre des yeux, Oenone, d'un geste discret, congédie Panope.

k. Silence, pendant lequel Panope sort, encore toute chavirée, mais un peu éberluée par la torpeur de la reine. Deux ou trois pas rapides d'Oenone qui s'assure du départ de Panope. Deux pas rapides pour revenir vers Phèdre et la réplique commence, sur un rythme pressant.

Jean Racine, Phèdre (acte I, scène 4), 1677.

1. Abusée : dans l'erreur

Jean-Louis Barrault, Mise en scène pour Phèdre, Seuil. 1946.

Source : Manuel BREAL Littérature 1ère p. 504.