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SEANCE N° 6 : TRAVAIL DE SYNTHESE.

Séance 6

 

OBJECTIF : Octavie, justification d’un titre.

SAVOIR-FAIRE ACQUIS ET/OU MIS EN OEUVRE :

puce3.gif (869 octets) Reconnaître les caractéristiques des personnages tragiques.

puce3.gif (869 octets) Utiliser et reconnaître la notion de point de vue.


Cette ultime séance consiste en un travail de synthèse qui permet de faire réinvestir par les élèves les divers éléments mis en place au cours des lectures méthodiques. Cette étape nous semble indispensable dans le cadre d’une approche véritable d’une œuvre intégrale: il ne doit pas s’agir, en effet, d’une simple juxtaposition de lectures méthodiques, mais de construire un sens en embrassant l’ensemble de l’œuvre, par exemple à propos d’un thème donné.

Pour ce travail, les élèves sont répartis en quatre groupes, chacun travaillant sur une facette du personnage d’Octavie, à partir de l’édition bilingue. Toutefois, le texte doit être cité en latin.

Le groupe n°1 travaille sur Octavie dite par elle même.

Le groupe n°2 travaille sur Octavie dite par les personnages masculins.

Le groupe n°3 travaille sur Octavie dite par les personnages féminins.

Le groupe n°4 travaille sur Octavie dite par le chœur et le messager.

puce2.gif (875 octets) Octavie parle beaucoup d’elle-même dans la pièce; soit elle parle pour elle seule, soit elle parle à sa nourrice.

ACTE I vers 1 à 32 on est dans le queror: elle compare son destin à celui de Philomèle et Procné, d’où l’image récurrente du rossignol, symbole ici d’impuissance ou de punition. Elle a la sensation d’être maudite: les allusions à Messaline et à Agrippine le soulignent.

ACTE I : vers 58 à 71: elle exprime le regret de son frère et se compare à Electre.

ACTE I : vers 86 à 96: elle se pose en victime de Néron.

ACTE I : vers 100 à 136: le crime et l’idée de la mort l’obsèdent. Elle souhaite même voir la mort survenir.

ACTE I : vers 221 à 251: elle dresse de sa situation un tableau noir, montre Néron comme un monstre et semble attendre la mort de ce dernier.

ACTE I : vers 257 à 269: elle revient à l’idée d’une malédiction qui pèserait sur elle.

ACTE III : vers 646 à 667: son discours semble infléchi, plus lucide, plus optimiste. Elle semble croire qu’elle peut échapper à Néron : elle n’est plus uxor mais seulement soror. Les derniers vers semblent montrer des velléités d’action.

ACTE V: vers 899 à 922 : bien qu’étant soror seulement, elle est à nouveau happée par le destin : jam spes nu/la; regnat munda tristis Erinys.

ACTE V : vers 958 à 971 : Octavie est à présent résignée, son discours montre une certaine sérénité: elle accepte son lot. Les types de phrases en sont un bon indice : on trouve beaucoup d’impératifs, alors que, dans le premier acte, on relevait essentiellement des phrases déclaratives à la forme négative.

Le personnage d’Octavie évolue donc au cours de la pièce. En acceptant son sort, elle fait preuve d’une certaine grandeur d’âme, qui efface son goût trop prononcé pour la mort au début de la pièce et qui la conduisait sur la voie du furor, même si elle n’eût été qu’une furiosa victime (terminologie de F. Dupont in Le Thédtre latin).

puce2.gif (875 octets) Les personnages masculins qui s’expriment sur Octavie sont au nombre de trois : Néron, Sénèque et le Préfet.

L’étude du vocabulaire employé se révèle intéressante : conjux désigne Poppée dans la bouche de Néron alors que ce même substantif désigne Octavie pour Sénèque ou pour le Préfet. Lorsqu’il désigne Octavie, Néron parle de soror, ne retenant que l’aspect familial, presque incestueux.

puce2.gif (875 octets) En ce qui concerne les personnages féminins, il est intéressant de noter que les "patriciennes" ne s’expriment pas sur Octavie, à l’exception d’Agrippine, qui reconnaît avoir été une mauvaise belle-mère.

La seule à s’exprimer longuement sur et avec Octavie est sa nourrice, dans le premier acte. Elle tente tout d’abord de la réconforter (vers 80 sq.), l’encourageant à se réconcilier avec Néron. Elle semble aussi l’exhorter à une certaine mesure dans les vers 98-99. Les stichomythies des vers 175 et suivants encouragent Octavie à résister, car tout semble encore possible à la nourrice. Dans le vers 189, elle rejoint le discours que Sénèque tiendra à Néron dans le second acte. Il est à noter qu’Octavie, à ce moment là, contre-argumente en semblant se complaire dans son malheur, ce qui fait d’elle un personnage proche du furiosus victime. Il apparaît clairement ici que la nourrice incarne une certaine forme de sagesse, allant de pair avec son âge, mais que cette sagesse est empreinte de stoïcisme. Ce concept philosophique inconnu des élèves n’est pas à livrer tel quel : à partir de l’idée que la nourrice reste sereine, calme, ne laisse pas le trouble l’envahir, on peut demander aux élèves de trouver des adjectifs la caractérisant. De stoïque, on passe alors à la notion de stoïcisme, en se bornant à expliquer que ce courant philosophique prônait l’absence de troubles par le détachement de la réalité matérielle, ou on demande une recherche sur cette école de pensée, selon l’intérêt et l’aptitude de la classe.

puce2.gif (875 octets) Quant au chœur et au messager, ils désignent la jeune femme par périphrase "la fille de Claude", "la sœur et l’épouse d’Auguste", ne retenant que l’aspect politique et social. Ils présentent une vision idéalisée et en font une victime;

En conclusion, on peut dire que le personnage d’Octavie évolue au cours de la pièce. De victime éplorée, elle devient un personnage courageux qui accepte son fatum, sans sombrer dans le furor.

Comme dans les récits historiques, elle apparaît peu soutenue; même ceux qui sont de son côté n’osent l’affirmer clairement par crainte de la réaction de Néron, le furiosus bourreau. Cette grandeur d’âme transfigure le personnage, la hisse au rang d’une Electre à qui elle se comparaît dans le premier acte alors qu’elle n’avait pas encore pris toute sa dimension.