OBJECTIF : Octavie, justification dun titre.
SAVOIR-FAIRE ACQUIS ET/OU MIS EN OEUVRE :
Reconnaître les caractéristiques des personnages tragiques.
Utiliser et reconnaître la notion de point de vue.
Cette ultime séance consiste en un travail de synthèse qui permet de faire réinvestir par les élèves les divers éléments mis en place au cours des lectures méthodiques. Cette étape nous semble indispensable dans le cadre dune approche véritable dune uvre intégrale: il ne doit pas sagir, en effet, dune simple juxtaposition de lectures méthodiques, mais de construire un sens en embrassant lensemble de luvre, par exemple à propos dun thème donné.
Pour ce travail, les élèves sont répartis en quatre groupes, chacun travaillant sur une facette du personnage dOctavie, à partir de lédition bilingue. Toutefois, le texte doit être cité en latin.
Le groupe n°1 travaille sur Octavie dite par elle même.
Le groupe n°2 travaille sur Octavie dite par les personnages masculins.
Le groupe n°3 travaille sur Octavie dite par les personnages féminins.
Le groupe n°4 travaille sur Octavie dite par le chur et le messager.
Octavie
parle beaucoup delle-même dans la pièce; soit elle parle pour elle seule,
soit elle parle à sa nourrice.
ACTE I vers 1 à 32 on est dans le queror: elle compare son destin à celui de Philomèle et Procné, doù limage récurrente du rossignol, symbole ici dimpuissance ou de punition. Elle a la sensation dêtre maudite: les allusions à Messaline et à Agrippine le soulignent.
ACTE I : vers 58 à 71: elle exprime le regret de son frère et se compare à Electre.
ACTE I : vers 86 à 96: elle se pose en victime de Néron.
ACTE I : vers 100 à 136: le crime et lidée de la mort lobsèdent. Elle souhaite même voir la mort survenir.
ACTE I : vers 221 à 251: elle dresse de sa situation un tableau noir, montre Néron comme un monstre et semble attendre la mort de ce dernier.
ACTE I : vers 257 à 269: elle revient à lidée dune malédiction qui pèserait sur elle.
ACTE III : vers 646 à 667: son discours semble infléchi, plus lucide, plus optimiste. Elle semble croire quelle peut échapper à Néron : elle nest plus uxor mais seulement soror. Les derniers vers semblent montrer des velléités daction.
ACTE V: vers 899 à 922 : bien quétant soror seulement, elle est à nouveau happée par le destin : jam spes nu/la; regnat munda tristis Erinys.
ACTE V : vers 958 à 971 : Octavie est à présent résignée, son discours montre une certaine sérénité: elle accepte son lot. Les types de phrases en sont un bon indice : on trouve beaucoup dimpératifs, alors que, dans le premier acte, on relevait essentiellement des phrases déclaratives à la forme négative.
Le personnage dOctavie évolue donc au cours de la pièce. En acceptant son sort, elle fait preuve dune certaine grandeur dâme, qui efface son goût trop prononcé pour la mort au début de la pièce et qui la conduisait sur la voie du furor, même si elle neût été quune furiosa victime (terminologie de F. Dupont in Le Thédtre latin).
Les personnages masculins qui sexpriment sur Octavie sont au nombre de trois :
Néron, Sénèque et le Préfet.
Face à Néron, Sénèque défend Octavie, mais à demi-mot, en termes généraux, utilisant souvent des périphrases pour désigner la jeune femme. Ainsi, dans lacte 11, il la qualifie de decus gentis Claudiae, puis il essaie de convaincre Néron sur le terrain de la légitimité implebit stirpe caelesti... (vers 533 Sq.). Un peu plus loin, (vers 546 sq.), il fait léloge de la bonne épouse, mettant en avant les qualités de probitas, fides, pudor, mores, quil impute tacitement à Octavie. La défense de Sénèque nest pas efficace, car elle reste implicite.
Les mêmes remarques peuvent valoir pour les propos du Préfet, dans lacte V. Les questions des vers 864 et suivants sous-entendent une réprobation, après que Néron a qualifié Octavie de hosti, puis de dirum caput. Il ajoute largument de la faiblesse légendaire du sexe féminin, haudquaquam reor mulier (vers 867), mais Néron ne se laisse pas fléchir. Comme Sénèque, le Préfet ne nomme jamais Octavie ; toute les tentatives dépargner la jeune femme restent vaines face au furiosus.
Néron, quant à lui, ne cesse dexprimer ses griefs. Dès sa première apparition sur scène dans lacte II, il affirme clairement sa volonté de faire mourir Octavie (vers 470). Certains reproches quil adresse à la jeune femme font écho aux lamentations de cette dernière il est méfiant à cause de la lignée dOctavie (II, 536) et du soutien que lui apporte le peuple. La réfutation de son épouse passe aussi par laffirmation de lautre: il aime Poppée.
Létude du vocabulaire employé se révèle intéressante : conjux désigne Poppée dans la bouche de Néron alors que ce même substantif désigne Octavie pour Sénèque ou pour le Préfet. Lorsquil désigne Octavie, Néron parle de soror, ne retenant que laspect familial, presque incestueux.
En ce
qui concerne les personnages féminins, il est intéressant de noter que les
"patriciennes" ne sexpriment pas sur Octavie, à lexception
dAgrippine, qui reconnaît avoir été une mauvaise belle-mère.
La seule à sexprimer longuement sur et avec Octavie est sa nourrice, dans le premier acte. Elle tente tout dabord de la réconforter (vers 80 sq.), lencourageant à se réconcilier avec Néron. Elle semble aussi lexhorter à une certaine mesure dans les vers 98-99. Les stichomythies des vers 175 et suivants encouragent Octavie à résister, car tout semble encore possible à la nourrice. Dans le vers 189, elle rejoint le discours que Sénèque tiendra à Néron dans le second acte. Il est à noter quOctavie, à ce moment là, contre-argumente en semblant se complaire dans son malheur, ce qui fait delle un personnage proche du furiosus victime. Il apparaît clairement ici que la nourrice incarne une certaine forme de sagesse, allant de pair avec son âge, mais que cette sagesse est empreinte de stoïcisme. Ce concept philosophique inconnu des élèves nest pas à livrer tel quel : à partir de lidée que la nourrice reste sereine, calme, ne laisse pas le trouble lenvahir, on peut demander aux élèves de trouver des adjectifs la caractérisant. De stoïque, on passe alors à la notion de stoïcisme, en se bornant à expliquer que ce courant philosophique prônait labsence de troubles par le détachement de la réalité matérielle, ou on demande une recherche sur cette école de pensée, selon lintérêt et laptitude de la classe.
Quant
au chur et au messager, ils désignent la jeune femme par périphrase
"la fille de Claude", "la sur et lépouse dAuguste",
ne retenant que laspect politique et social. Ils présentent une vision idéalisée
et en font une victime;
En conclusion, on peut dire que le personnage dOctavie évolue au cours de la pièce. De victime éplorée, elle devient un personnage courageux qui accepte son fatum, sans sombrer dans le furor.
Comme dans les récits historiques, elle apparaît peu soutenue; même ceux qui sont de son côté nosent laffirmer clairement par crainte de la réaction de Néron, le furiosus bourreau. Cette grandeur dâme transfigure le personnage, la hisse au rang dune Electre à qui elle se comparaît dans le premier acte alors quelle navait pas encore pris toute sa dimension.