La Médecine Antique

 

Les médecins Romains

         Les premiers médecins qui parurent à Rome étaient d'origine grecque : leur arrivée est une des principales manifestations du mouvement de l'hellénisme en Italie. Pline, dans son Histoire Naturelle, nous dit que les Romains vécurent six siècles sans médecins ; mais non sans médecine, si l'on se reporte aux recettes bizarres affectionnées par le vieux Caton. En 219 avant J.-C. arrive à Rome le péloponnésien Archagathos ; le Sénat lui accorde le droit de cité et l'installe dans un local particulier. L'histoire des débuts de la médecine à Rome se confond ensuite avec l'histoire de l'hellénisme. Les mêmes résistances accueillirent toutes les importations grecques. Caton défend à son fils de recourir aux conseils des médecins. Néanmoins, dans l'ensemble le nombre des médecins grecs augmente rapidement. Pendant des siècles, les Grecs furent seuls à représenter la médecine en Italie. Il en résulte que, plus tard, on n'eût confiance qu'en eux ; les Romains qui voulurent faire de la médecine furent obligés de se faire passer pour des Grecs et de parler grec. La même chose se produit en France au XVII e siècle, quand les médecins sont obligés de parler le latin, auquel les simples attribuent des vertus particulières.
      La plupart de ces médecins établis à Rome étaient des esclaves ou des affranchis. De nombreuses inscriptions mentionnent les esclaves attachés aux grandes maisons, surtout à la maison impériale. Certains médecins étaient même des esclaves publics. Il y a cependant des Grecs libres. Jules César conféra le droit de cité à un certain nombre d'entre eux.
      Dans ces conditions, l'enseignement de la médecine à Rome fut longtemps libre. C'est seulement à partir d'Alexandre Sévère, qu'il fut organisé et subventionné par l'état. Les professeurs de médecine, comme les rhéteurs et les grammairiens, eurent des locaux pour faire leurs cours, des bourses étaient attribuées aux étudiants pauvres. Une loi de Constantin, confirmant des mesures antérieures, exempte de charges les médecins et professeurs de lettres " quo facilius liberalibus studiis et artibus multos instituant " " pour leur faciliter la formation de nombreux élèves aux études libérales et aux arts". Sous le Bas-Empire, la durée normale des études médicales paraît avoir été de cinq ans.
      Les mêmes types de médecins existent en Grèce et à Rome. Toutefois les médecins publics prennent une importance plus grande ; un régime spécial est organisé : celui des "archiâtres" ; en outre, à côté des médecins des villes, on trouve beaucoup de médecins de corporations et de collèges.
      D'autre part, la spécialisation est plus développée encore à Rome qu'en Grèce Il y a des spécialistes pour toutes les parties du corps, pour les diverses opérations, des spécialistes pour les divers procédés curatifs : gymnastique, hydrothérapie, cinothérapie.
     Martial se raille de ces subtilités, mais ce sont au fond les mêmes catégories qu'aujourd'hui.
      Un certain nombre de médecins étaient des médecins ambulants (circulatores). Ils circulaient dans la plupart des grands rassem- blements de foules : aux foires, aux marchés, sans doute aussi dans les villes d'eaux. Souvent en effet, on conseillait aux malades le changement de climat, le séjour au bord de la mer, dans les pays chauds et aux eaux minérales. C'est ainsi que la plupart de nos sour- ces thermales ont été utilisées par les Romains. On peut admettre que les villes d'eaux, où se réunissait une société nombreuse, devaient être pourvues de médecins.
    De nombreux auteurs latins déplorent l'ignorance et l'irrespon- sabilité des médecins. "Il n'y a, dit Pline, aucune loi qui châtie l'ignorance, aucun exemple de punition capitale. Les médecins apprennent à nos risques et périls : ils expérimentent et tuent avec une impunité souveraine, et le médecin est le seul qui puisse donner la mort. Bien plus, on rejette le tort sur le malade : on accuse son intempérance et l'on fait le procès de celui qui a succombé." (Pline, Hist. Nat., XXIX, 18.)
      Galien lui-même dit que la seule différence entre les brigands et les médecins de Rome, c'est que les médecins tuent dans la ville et les brigands dans la campagne.
       En réalité, la loi romaine n'admet pas l'irresponsabilité des médecins et prononce des sanctions graves contre les fautes d'incapacité ou d'ignorance professionnelles. Tout dommage causé par le médecin à un esclave relève d'abord d'une loi assez ancienne : la loi Aquilia de damno injuria dato, qui engage formellement la responsabilité du médecin vis-à-vis du propriétaire et le rend passible d'une peine pécuniaire. Mais ensuite, pour les hommes libres, la sanction de l'homicide médical fut prévue par la loi Cornelia de sicariis et veneficiis. Cette loi, proposée par Sylla en 81 pour assurer la répression d'une série de faits criminels atteint le meurtre et spécialement l'empoisonnement. Elle punit non seulement celui qui a administré le poison, mais encore celui qui l'a préparé, celui qui a vendu, acheté ou détenu des substances vénéneuses. Les médecins- pharmaciens tombaient ainsi directement sous la menace de la loi, qui s'applique par la suite à une série de pratiques criminelles : l'avortement, la castration. La peine prévue est la peine capitale. Ces dernières mesures furent reprises et développées plus tard, sous les empereurs.
      A Rome, le principe des honoraires est admis juridiquement, puisque la loi protège le médecin dans la réclamation des sommes qui lui sont dues. En général, la médecine semble avoir été une profession bien rétribuée, surtout sous l'Empire. Galien dit que le médecin "brevi efficutur dives", s'enrichit vite.
       Une première indication nous est fournie par Plaute. Dans l’ Aulularia, Congrion, le cuisinier battu par l'avare, s'écrie en se frottant les reins : "On me loue pour un dièrachme, mais j'en dépenserai davantage pour le médecin " , ce qui met à 2 ou 3 francs, la consultation d'un modeste praticien de quartier.
      Pline rapporte des exemples de grosses fortunes acquises par des médecins. Il parle de Crinas de Marseille qui laissa à sa mort 10 millions de sesterces, après avoir dépensé autant pour édifier les murs de sa patrie. Charmis, autre Marseillais établi à Rome, appelé en province, pour le traitement et la guérison d'un malade réclame 200 000 sesterces. Alcon, chirurgien banni de Rome par l'empereur Claude, qui lui confisqua 10 millions de sesterces, revenu d'exil, regagna en peu de temps tout ce qu'il avait perdu. Q. Stertinius, refusa, dit-on, comme médecin des empereurs des honoraires de 500 000 sesterces par an, sous prétexte que ses visites en ville lui en rapportaient 600 000. A partir de Septime Sévère, des traitements fixes, en argent ou en nature, furent établis pour les médecins du palais.
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